Climat : appel à l’action, rappel à la raison

Article rédigé par Lou WELGRYN

Par Lou WELGRYN, Co-Fondatrice d’ESSEC Transition Alumni

Il n’y a pas de croissance infinie dans un monde fini. 

Nous en vivons les conséquences naturelles – températures extrêmes, disparitions d’espèces, rapidité de propagation des épidémies, destruction des équilibres climatiques – avant les conséquences économiques :  alors que le coût des catastrophes climatiques a augmenté de 250 % ces vingt dernières années, « un monde plus chaud de 4°C sera impossible à assurer », selon Henri de Castries, PDG d’Axa.

Bien que conscients que le business as usual relève du suicide pur et simple, nous recourons à des mesures de sensibilisation, d’atténuation et de compensation en complet décalage avec la temporalité que nous nous sommes imposés : de même qu’il faut réaliser que le salut technologique arrivera trop tard (ou pas du tout), nous devons réaliser que le vernis de la « RSE » est bien trop souvent superficiel.

Nous croyons qu’il est temps de fixer des ultimatums aux acteurs économiques pour que leur mutation se fasse à temps et de tracer des lignes rouges car la science – des rapports du GIEC [1] à ceux de l’IBPES [2] – est sans équivoque. L’ambiguïté n’est plus possible. L’enjeu est la survie de la communauté du Vivant à laquelle nous appartenons.

Il est donc indispensable de transformer les entreprises [3], de l’organisation interne au produit final, en passant par les méthodes de comptabilité. Désormais, la performance économique doit être conditionnée à la performance écologique.

Cette transformation est aussi synonyme d’une mise en cohérence individuelle préfigurant un mode de vie compatible avec les limites planétaires. Cette résilience qui suppose de diviser par six l’empreinte carbone [4] du français moyen, de 12 à 2 tonnes par an et par habitant, implique de se nourrir, se déplacer, se loger et vivre autrement.

Plus profondément, ce changement de paradigme de production et de consommation passe également par l’abandon du schéma dépassé de la réussite sociale évaluée à l’aune de la réussite économique. Il doit déconstruire cette norme devenue mal-productive et en inventer une nouvelle, valorisant ceux qui font émerger, par des projets communs, des modèles résilients et solidaires. 

Nous devons nous rassembler pour défendre un nouveau modèle de société fondé sur la résilience et la sobriété, en cohérence avec les limites que nous imposent les lois de la physique et basculer d’une économie extractive à une économie régénératrice des ressources dans lesquelles nous puisons, si nous voulons continuer à pouvoir y puiser. Il s’agit de mener un atterrissage contrôlé de l’économie, rien de moins.

L’impératif moral d’agir est à l’échelle de l’enjeu. Nous vivons un moment de bascule historique, sans précédent dans l’histoire humaine. Nous pouvons et devons jouer pleinement notre rôle dans ce changement. Loin d’être un retour à la lampe à huile, cet avenir est foisonnant d’opportunités et de réagencements.

A nous d’inventer un nouveau récit, agir rend heureux.

Lou WELGRYN


[1] Le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat.

[2] L’Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services.

[3] 100 entreprises sont à l’origine de 71% des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Source : Carbon Disclosure Project, The Carbon Majors Database, CDP Carbon Major Report 2017, Juillet 2017.

[4] L’empreinte carbone représente la quantité de gaz à effet de serre induite par la demande finale intérieure d’un pays, que ces biens ou services soient produits sur le territoire national ou importés. Source : INSEE.